À travers les cahiers d’appel des instituteurs d’autrefois, on constate que l’école buissonnière était davantage un mythe qu’une réalité fréquente. Les absences étaient justifiées, mais pour des motifs qui aujourd’hui nous semblent souvent surprenants…
L’école obligatoire…
C’est Jules Ferry qui instaure, par la loi du 28 mars 1882, le caractère obligatoire de l’école. Pas question pour autant, comme on l’a imaginé un temps, que l’État construise des geôles pour enfermer les parents récalcitrants ! La seule sanction prévue, s’ils persistent à ne pas envoyer leur enfant en classe, c’est l’affichage de leur nom à la porte de la mairie. Le souci du qu’en dira-t-on, associé à la gratuité suffisent en fait à faire passer l’idée d’obligation.
… quand il n’y a rien d’autre à faire
Encore faut-il nuancer cette obligation ou du moins son respect. Car, dans les campagnes, où les parents ont régulièrement besoin de l’aide des enfants, les écoliers sont absents lorsque les travaux de la ferme l’exigent, parfois plusieurs semaines par an, et cela jusqu’à la Première voire la Seconde Guerre mondiale. Bref : les parents respectent l’obligation globalement mais pas au jour le jour ! Et les instituteurs sont bien obligés de vivre avec ces classes variables en nombre d’élèves...
Des cahiers d’appel journaliers
La loi de 1882, prolongée par une autre de 1936, confirme pour les instituteurs l’obligation de « tenir un registre d’appel qui constate, pour chaque classe, les absences des élèves inscrits ».
Prenons quelques exemples extraits de cahiers d’appel d’une commune rurale, pendant les années 1940. Première constatation, l’école n’étant obligatoire que jusqu’à 13 ans, les enfants cessent d’y venir dès leur anniversaire, quelle que soit la période de l’année. L’instituteur note ainsi aussi bien en novembre qu’en janvier ou à tout autre mois : « 13 ans » comme motif d’une absence qui devient dès lors continue.
Seconde constatation, le public respecte le religieux. Dans une société encore profondément catholique, pas question d’empêcher les enfants de bien préparer leur communion : chaque année en mai, les deux tiers des enfants de 12 ans sont absents de l’école pendant deux semaines. « Retraite communion », indique l’instituteur.
Les maladies durent…
Les antibiotiques n’existant pas, les maladies des enfants sont bien plus longues que de nos jours. Les absences d’un mois ou plus ne sont pas rares. Les indications médicales restent sommaires (on n’a pas toujours les moyens de faire venir le médecin et donc de nommer le mal précisément). Quelques exemples au fil des pages : « mal aux côtés » (plus d’un mois), « maladie des os » (plus d’un mois), « diphtérie » (deux mois), « mal aux yeux » (une semaine), « opéré de l’appendicite » (plus d’un mois), « maux sur le visage » (un mois), « congestion » (trois semaines), « gale » (15 jours), « grippe », « bronchite » (trois semaines), « mal jaune » (une semaine), voire tout simplement « malade ». En revanche, l’indication « piqué par une vipère » n’occasionne qu’une absence de deux jours.
Parfois, une épidémie décime la classe : un enfant sur deux est absent avec « oreillons » pour motif. Même chose pour la rougeole, la coqueluche ou la grippe qui frappent et reviennent régulièrement.
Enfin, le malade n’est pas toujours l’enfant. Parfois, l’instituteur justifie l’absence de l’élève en mentionnant « mère malade, famille nombreuse », « mère fatiguée », « aide ses parents malades », voire même « garde un petit neveu » ou « remplace sa bonne malade » !
La guerre est là…
Les restrictions dues à la guerre ont une incidence directe sur la présence des enfants : « pas de chaussures et habite loin », « galoches en réparation », mentionne parfois l’instituteur pour des absences de cinq à dix jours. On a aussi quelques phrases qui évoquent des parcours douloureux, dans une France occupée : « Réfugié, reparti » ou bien « A quitté le pays momentanément ».
… ainsi que les travaux des champs
Beaucoup d’hommes manquent : morts à la guerre, prisonniers, réquisitionnés… Aussi les enfants doivent-ils absolument aider aux travaux des champs. Pour les années de guerre, dans cette région de vignobles, l’instituteur a presque entièrement barré le mois d’octobre dans son cahier de présence, avec un trait surmonté du mot « vendanges ». En octobre 1941 par exemple, il n’a plus en moyenne que 6 élèves sur 40. Le motif « aide ses parents » ou bien « occupé aux travaux agricoles » revient par intermittence sur le reste de l’année, certains enfants des grandes classes manquant ainsi les deux tiers du temps scolaire.
Texte : Marie-Odile Mergnac